Histoire de l’imaginaire du désert.
L’imaginaire du tourisme nait au XIX e siècle avec la traduction des Mille et Une Nuits, l’essor de l’orientalisme, la peinture (Ingres, Eugène Delacroix …), les voyageurs de la compagnie anglaise Thomas Cook. Dans son catalogue de 1900, la compagnie propose déjà des séjours dans le désert notamment en Égypte et en Palestine. Les voyageurs vont nourrir imaginaire via leurs récits. Cet imaginaire possède deux aspects contradictoires. D’un côté, le désert est le pays des nomades, un lieu plutôt dangereux, repris par le film Lawrence d’Arabie . De l’autre, est développée une image porteuse de lascivité, de sensualité liée au harem. L’intervenante illustre son propos en présentant des photographies datant des années 1900. Elles dévoilent la sensualité des femmes, la beauté des oasis… L’image séduit tant, que s’organise sur le long terme des excursions dans le désert. La Compagnie Transatlantique va inaugurer une nouvelle forme de tourisme. Elle fait construire des hôtels sur une grande partie de l’Afrique du Nord et propose aux touristes différents itinéraires permettant de circuler d’un hôtel à un autre. Cela participe à l’imaginaire du désert dans la mesure où ce type d’hôtel pose les bases de l’accueil du tourisme dans le désert. Aujourd’hui, l’imaginaire du désert se fait à travers le Land-Art , dont Richard Long est un des représentants. L’intervenante illustre son propos avec une œuvre de ce dernier, représentant le désert de l’Arizona. Un certain nombre d’artistes vont travailler à partir du désert. Elle poursuit son argumentaire en évoquant l’auteur Reyner Banham qui a écrit à la fin de sa vie Scènes dans le désert américain alors qu’il était spécialisé dans l’architecture. Le désert est évoqué comme un espace de silencieux, à l’écart du bruit dus à la civilisation et à l’urbanisme. C’est aussi un lieu de liberté et de création où l’architecture et l’art s’expriment.
Portrait des
infrastructures touristiques dans le désert marocain
Merzouga est
située dans une région ouverte au tourisme depuis l’indépendance du Maroc . Le
roi Mohammed V a souhaité s’appuyer sur une économie touristique. Par
conséquent, il demanda à des architectes du Mouvement Moderne de construire des
hôtels. Deux architectes, Jean-François Zévaco (1916 – 2003) et Elie Azagury
(1918 – 2009) ont construits des bâtiments au vocabulaire moderniste. La
gestion des espaces y est intéressante et on constate une réflexion sur
l’intégration de cette architecture dans le paysage. Maintenant, ces hôtels
sont majoritairement abandonnés. Ils ont été remplacés dans les années 1980. Il
y a eu une sorte de dénonciation de la banalité, de la monotonie de
l’architecture moderne. Le roi du Maroc a abandonné ces références pour se
tourner vers un modèle plus proche des hôtels de la Compagnie Transatlantique.
Cette architecture un peu « kitch » parle sans doute plus aux touristes. Elle évoque
une architecture du Maghreb en générale sans être typique à un lieu. Au Maroc,
il s’agit surtout de référence à une architecture fortifiée sur un archétype
des ksars. Elle est peu facile à copier car elle repose sur la massivité des
murs de terre très fragile qui demande beaucoup d’entretien. Les constructions
récentes sont donc en parpaing, qui n’ont pas les vertus des véritables ksars
notamment d’un point de vu thermique. Seule l’image perdure au dépend des
qualités architecturales. Un autre phénomène de distance s’est posé entre
l’architecture vernaculaire et les hôtels : l’échelle. Les ksars étaient des
bâtiments très hauts, imposants, mais aussi très sombres car les ouvertures
étaient petites et peu nombreuses. Les constructions nouvelles sont dotées de
plus grandes ouvertures avec des murs moins épais. De plus, une architecture
faisant à l’origine près de vingt mètres de haut est contrefaite avec une
élévation d’à peine cinq mètres (environs un étage). Il y a donc un décalage
entre un imaginaire de la ville fortifiée et une réalité des hôtels plus proche
de la caricature.Aux cotés de ces hôtels, il y a aussi une architecture de
toile reprenant l’idée des écologues mais sous différentes formes. Sont
présent, le camping simple, des habitations semi-permanentes et des tentes pour
les touristes. Les logements semi-permanents sont constitués de sortes de murs
surmontés de toiles de tente et de tapis. Néanmoins, les conditions d’hygiènes
et de confort de ces habitations sont déplorables. La manière dont sont conçus
les espaces n’est pas adéquat. De plus, il n’y a aucune gestion des
ressources.In fine, il y a trois types d’hébergements hôteliers. Dans un
premier temps, il y a les hôtels construits par la Compagnie Transatlantique,
ensuite les hôtels construits après l’indépendance dans le style moderniste et
enfin des hôtels bâtis depuis une dizaine d’année sur le modèle vernaculaire.
Trois types de propriétaires ont été identifiés : les propriétaires locaux, les
groupes hôteliers internationaux et les particuliers européens. Tous ont des
problématiques différentes. Les propriétaires locaux sont en général des
nomades sédentarisés avec peu de moyens qui tentent de construire des hôtels.
C’est dans ce cas que l’on retrouve cette architecture de parpaing. Les groupes
hôteliers internationaux vont surtout s’installer en ville. Enfin, des
occidentaux amoureux du désert marocain vont construire de bâtiments de bonne
qualité. Cependant, les retombées économiques sont faibles.
La ville Merzoug.
Mergouza est une petite ville de nomades sédentarisés. En 2002 est
ouverte une route bitumée. En 2006, une inondation cause la mort de trois
touristes. C’est pourquoi l’équipe de recherche fut envoyée sur place.
L’intervenante fait un rapide état des lieux de la ville. Le site est victime
d’une urbanisation incontrôlée qui s’est étendue sur des zones inondables. En
effet, un torrent est sorti de son lit. Il y a de très nombreux châteaux d’eau
ce qui participe à une pollution visuelle. Les camps de tentes sont insalubres.
Les sols sont souillés par l’absence d’égouts et un problème de gestion des
ordures. De plus, les quads détruisent les dunes. Des grands groupes de
touristes (environs soixante-dix voitures) nuisent au site en perpétrant une
très forte consommation d’eau et des déchets. Les étudiants et l’enseignante
ont étudié les hôtels in situ. Ils sont souvent en mauvais état, ne gèrent pas
leurs ressources ni leurs ordures. L’inondation a provoqué de gros dégâts sur
le village et ses hôtels. Certains d’entre eux se sont retrouvés isolés par des
lacs temporaires. Le principal attrait touristique de Merzouga est une barrière
de dunes longue de cinquante kilomètres. Au pied de celles-ci s’étalent des
hôtels sans aucune permission. Or, cette zone est inondable. Sur place, ils ont
plus posé des questions que proposé des solutions : Après l’inondation, que
faut-il faire ? Quels aménagements sont possibles ? Comment peut-on rétablir
une activité économique dans l’oasis, sachant qu’actuellement elle n’est plus
entretenue ? Comment articuler le maintient de la population à Merzouga et
l’activité touristique ? Il serait inconscient de développer toute une économie
sur le tourisme, car c’est une activité volatile qui dépend de facteurs
incontrôlables par les populations locales. Cependant, ils ont insisté sur un
point : il ne faut pas construire en zone inondable. Ils ont entamé une
réflexion pour rompre avec l’historicité des habitudes touristiques de ne
passer qu’une nuit sur le site. Comme le climat ne permet pas d’accueillir
toute l’année des touristes, il faut un autre moyen de ressource. C’est
pourquoi, la reconstruction de l’oasis peut être un moyen de ressource pour les
habitants mais aussi un espace touristique majeur. Ils ont fondé une partie de
leur réflexion sur des recherches sur le même thème à Tozeur en Tunisie.
Comment rendre un espace agricole touristique, sans le dépourvoir de sa
fonction première ? Afin de trouver une solution, les universitaires ont
étudiés l’oasis et ont délimité la zone qui est inondable. Cette prospection a
débouché sur des propositions. - L’une d’elle consiste d’une part à déplacer la
zone résidentielle détruite par les inondations. Entre la zone inondable et la
zone habitée serait aménagé un espace tampon. D’autre part, il s’agit de créer
une oasis entre ces nouvelles constructions et la partie commerçante du village
qui ne fut pas affectée. Cette proposition n’est pas aisée car elle implique de
travailler avec des agronomes et des paysagistes entres autres professionnels.
Comme les hôtels détruits avaient été construits par les populations locales
avec de faibles moyens, il convient de proposer d’autres solutions viables. -
Une autre idée serait d’interdire ces hôtels de parpaing et d’imaginer des
infrastructures partagées permettant une gestion commune des ressources.
Cependant, cela demande un fort changement dans les mentalités. - La population
locale a tendance à être recluse. Peut-être faudrait-il créer un écart entre le
village et les hébergements avec les touristes. Cette scission serait matérialisée
par l’oasis. Les logements touristiques seraient sous la forme de bivouacs
facilement mobiles en fonction des changements climatiques.
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