Le désert Marocain


Le climat régional du Sahara marocain est parmi les plus arides avec une dominante océanique qui seule en atténue les extrêmes. La pluie n’y est pas régulière, et si peu abondante que la vie ne peut réellement en dépendre. L’importance de l’alizé maritime boréal est le facteur le plus déterminant qui induit les caractéristiques si particulières de ce désert côtier « froid ». Températures modérées, humidité relative élevée, nébulosité bienfaitrice et fréquence des vents façonnent les milieux et les biocénoses locales. Il faut s’enfoncer loin dans les terres pour retrouver le grand climat saharien avec ses terribles écarts thermiques et ses écrasantes chaleurs estivales, comme sur le plateau du Tiris, un peu au nord-est de l’Adrar Souttouf, où l’on peut passer de 65° à - de 0°C en quelques heures ! L’oscillation des masses d’air continentale et maritime qui s’opposent à cette latitude n’est guère favorable depuis quelques décennies à une pluviosité, déjà naturellement rare. Sa diminution progressive a aboutit à la persistance d’un cycle de sécheresse qui a conditionné une sur désertisations réelle et préoccupante. L’assèchement de ces territoires depuis trente ans, n’est pas une hérésie, bien que nous soyons en régime désertique, la sécheresse n’est pas un corollaire automatique. Le gradient Ouest-Est qui voit diminuer les innocences modératrices de l’océan, au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans les terres,témoigne parfaitement.

Histoire de l’imaginaire du désert.
 L’imaginaire du tourisme nait au XIX e siècle avec la traduction des Mille et Une Nuits, l’essor de l’orientalisme, la peinture (Ingres, Eugène Delacroix …), les voyageurs de la compagnie anglaise Thomas Cook. Dans son catalogue de 1900, la compagnie propose déjà des séjours dans le désert notamment en Égypte et en Palestine. Les voyageurs vont nourrir imaginaire via leurs récits. Cet imaginaire possède deux aspects contradictoires. D’un côté, le désert est le pays des nomades, un lieu plutôt dangereux, repris par le film Lawrence d’Arabie . De l’autre, est développée une image porteuse de lascivité, de sensualité liée au harem. L’intervenante illustre son propos en présentant des photographies datant des années 1900. Elles dévoilent la sensualité des femmes, la beauté des oasis… L’image séduit tant, que s’organise sur le long terme des excursions dans le désert. La Compagnie Transatlantique va inaugurer une nouvelle forme de tourisme. Elle fait construire des hôtels sur une grande partie de l’Afrique du Nord et propose aux touristes différents itinéraires permettant de circuler d’un hôtel à un autre. Cela participe à l’imaginaire du désert dans la mesure où ce type d’hôtel pose les bases de l’accueil du tourisme dans le désert. Aujourd’hui, l’imaginaire du désert se fait à travers le Land-Art , dont Richard Long est un des représentants. L’intervenante illustre son propos avec une œuvre de ce dernier, représentant le désert de l’Arizona. Un certain nombre d’artistes vont travailler à partir du désert. Elle poursuit son argumentaire en évoquant l’auteur Reyner Banham qui a écrit à la fin de sa vie Scènes dans le désert américain alors qu’il était spécialisé dans l’architecture. Le désert est évoqué comme un espace de silencieux, à l’écart du bruit dus à la civilisation et à l’urbanisme. C’est aussi un lieu de liberté et de création où l’architecture et l’art s’expriment.
Portrait des infrastructures touristiques dans le désert marocain
 Merzouga est située dans une région ouverte au tourisme depuis l’indépendance du Maroc . Le roi Mohammed V a souhaité s’appuyer sur une économie touristique. Par conséquent, il demanda à des architectes du Mouvement Moderne de construire des hôtels. Deux architectes, Jean-François Zévaco (1916 – 2003) et Elie Azagury (1918 – 2009) ont construits des bâtiments au vocabulaire moderniste. La gestion des espaces y est intéressante et on constate une réflexion sur l’intégration de cette architecture dans le paysage. Maintenant, ces hôtels sont majoritairement abandonnés. Ils ont été remplacés dans les années 1980. Il y a eu une sorte de dénonciation de la banalité, de la monotonie de l’architecture moderne. Le roi du Maroc a abandonné ces références pour se tourner vers un modèle plus proche des hôtels de la Compagnie Transatlantique. Cette architecture un peu « kitch » parle sans doute plus aux touristes. Elle évoque une architecture du Maghreb en générale sans être typique à un lieu. Au Maroc, il s’agit surtout de référence à une architecture fortifiée sur un archétype des ksars. Elle est peu facile à copier car elle repose sur la massivité des murs de terre très fragile qui demande beaucoup d’entretien. Les constructions récentes sont donc en parpaing, qui n’ont pas les vertus des véritables ksars notamment d’un point de vu thermique. Seule l’image perdure au dépend des qualités architecturales. Un autre phénomène de distance s’est posé entre l’architecture vernaculaire et les hôtels : l’échelle. Les ksars étaient des bâtiments très hauts, imposants, mais aussi très sombres car les ouvertures étaient petites et peu nombreuses. Les constructions nouvelles sont dotées de plus grandes ouvertures avec des murs moins épais. De plus, une architecture faisant à l’origine près de vingt mètres de haut est contrefaite avec une élévation d’à peine cinq mètres (environs un étage). Il y a donc un décalage entre un imaginaire de la ville fortifiée et une réalité des hôtels plus proche de la caricature.Aux cotés de ces hôtels, il y a aussi une architecture de toile reprenant l’idée des écologues mais sous différentes formes. Sont présent, le camping simple, des habitations semi-permanentes et des tentes pour les touristes. Les logements semi-permanents sont constitués de sortes de murs surmontés de toiles de tente et de tapis. Néanmoins, les conditions d’hygiènes et de confort de ces habitations sont déplorables. La manière dont sont conçus les espaces n’est pas adéquat. De plus, il n’y a aucune gestion des ressources.In fine, il y a trois types d’hébergements hôteliers. Dans un premier temps, il y a les hôtels construits par la Compagnie Transatlantique, ensuite les hôtels construits après l’indépendance dans le style moderniste et enfin des hôtels bâtis depuis une dizaine d’année sur le modèle vernaculaire. Trois types de propriétaires ont été identifiés : les propriétaires locaux, les groupes hôteliers internationaux et les particuliers européens. Tous ont des problématiques différentes. Les propriétaires locaux sont en général des nomades sédentarisés avec peu de moyens qui tentent de construire des hôtels. C’est dans ce cas que l’on retrouve cette architecture de parpaing. Les groupes hôteliers internationaux vont surtout s’installer en ville. Enfin, des occidentaux amoureux du désert marocain vont construire de bâtiments de bonne qualité. Cependant, les retombées économiques sont faibles.

La ville Merzoug.
 Mergouza est une petite ville de nomades sédentarisés. En 2002 est ouverte une route bitumée. En 2006, une inondation cause la mort de trois touristes. C’est pourquoi l’équipe de recherche fut envoyée sur place. L’intervenante fait un rapide état des lieux de la ville. Le site est victime d’une urbanisation incontrôlée qui s’est étendue sur des zones inondables. En effet, un torrent est sorti de son lit. Il y a de très nombreux châteaux d’eau ce qui participe à une pollution visuelle. Les camps de tentes sont insalubres. Les sols sont souillés par l’absence d’égouts et un problème de gestion des ordures. De plus, les quads détruisent les dunes. Des grands groupes de touristes (environs soixante-dix voitures) nuisent au site en perpétrant une très forte consommation d’eau et des déchets. Les étudiants et l’enseignante ont étudié les hôtels in situ. Ils sont souvent en mauvais état, ne gèrent pas leurs ressources ni leurs ordures. L’inondation a provoqué de gros dégâts sur le village et ses hôtels. Certains d’entre eux se sont retrouvés isolés par des lacs temporaires. Le principal attrait touristique de Merzouga est une barrière de dunes longue de cinquante kilomètres. Au pied de celles-ci s’étalent des hôtels sans aucune permission. Or, cette zone est inondable. Sur place, ils ont plus posé des questions que proposé des solutions : Après l’inondation, que faut-il faire ? Quels aménagements sont possibles ? Comment peut-on rétablir une activité économique dans l’oasis, sachant qu’actuellement elle n’est plus entretenue ? Comment articuler le maintient de la population à Merzouga et l’activité touristique ? Il serait inconscient de développer toute une économie sur le tourisme, car c’est une activité volatile qui dépend de facteurs incontrôlables par les populations locales. Cependant, ils ont insisté sur un point : il ne faut pas construire en zone inondable. Ils ont entamé une réflexion pour rompre avec l’historicité des habitudes touristiques de ne passer qu’une nuit sur le site. Comme le climat ne permet pas d’accueillir toute l’année des touristes, il faut un autre moyen de ressource. C’est pourquoi, la reconstruction de l’oasis peut être un moyen de ressource pour les habitants mais aussi un espace touristique majeur. Ils ont fondé une partie de leur réflexion sur des recherches sur le même thème à Tozeur en Tunisie. Comment rendre un espace agricole touristique, sans le dépourvoir de sa fonction première ? Afin de trouver une solution, les universitaires ont étudiés l’oasis et ont délimité la zone qui est inondable. Cette prospection a débouché sur des propositions. - L’une d’elle consiste d’une part à déplacer la zone résidentielle détruite par les inondations. Entre la zone inondable et la zone habitée serait aménagé un espace tampon. D’autre part, il s’agit de créer une oasis entre ces nouvelles constructions et la partie commerçante du village qui ne fut pas affectée. Cette proposition n’est pas aisée car elle implique de travailler avec des agronomes et des paysagistes entres autres professionnels. Comme les hôtels détruits avaient été construits par les populations locales avec de faibles moyens, il convient de proposer d’autres solutions viables. - Une autre idée serait d’interdire ces hôtels de parpaing et d’imaginer des infrastructures partagées permettant une gestion commune des ressources. Cependant, cela demande un fort changement dans les mentalités. - La population locale a tendance à être recluse. Peut-être faudrait-il créer un écart entre le village et les hébergements avec les touristes. Cette scission serait matérialisée par l’oasis. Les logements touristiques seraient sous la forme de bivouacs facilement mobiles en fonction des changements climatiques.
 Piscine - Bab El Oued - Agdz

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